13.10.2008
Communiqué
Vérité-Action
Tunisie
La rentrée politique s’annonce chaude
La rentrée scolaire et politique s’avère difficile en Tunisie. Les revendications sociales et politiques se poursuivent avec un rythme qui s’accélère de jour en jour tant que la politique du pouvoir en place continue à passer sous silence des dossiers accablants comme : les arrestations arbitraires, la torture, les persécutions, l’étouffement des revendications de toutes les classes sociales, etc…
L’actualité des dernières semaines, dont Vérité-Action en exposera les événements les plus importants ci-après, atteste de ce climat de blocage et de fuite de l’avant qui continue à caractériser le comportement politique du régime tunisien.
Sous les verrous du contrôle administratif
Les ex-prisonniers tunisiens continuent à subir la loi de l'arbitraire après l’expiration de leurs peines. Entre la privation de passeport, du droit au traitement médical, du droit au travail et au déplacement libre, etc ... la vie des ces prisonniers n'est pas des plus aisées.
Ainsi, le 11 septembre 2008, M. Ali ROUAHI de Bizerte, dans le nord de la Tunisie, a été arrêté. Ex-prisonnier libéré en 2003, il a mené une grève de la faim pour avoir un passeport, il a arrêté sa grève après une promesse donnée de lui délivrer son passeport, mais la promesse est restée sans résultat. Il a été libéré une semaine après, soit le 17 septembre 2008.
De son côté, M. Abdellatif BOUHJILA, libéré en 2007, après des grèves de la faim interminables en prison qui l’ont gravement atteint dans sa santé, souffre de beaucoup de maladies dont le cœur. Ses médecins lui ont conseillé de se faire soigner à l'étranger. Privé de passeport, il menace d'entamer une nouvelle grève de la faim pour accéder à ce droit élémentaire garanti tant par la constitution tunisienne que par le droit international humanitaire dans son ensemble. Le même sort frappe M.. Mustapha BEN KHALIL qui est en attente de son passeport depuis juillet 2000, malgré les demandes faites et les réclamations adressées au ministère de l'intérieur.
Jouant la confusion entre contrôle administratif prononcé judiciairement et contrôle administratif laissé à la pleine discrétion de la police, les autorités tunisiennes ne manquent pas de moyens pour livrer les ex-prisonniers d’opinion à un calvaire administratif insoutenable.
C’est le cas du Dr Mohamed MAHJOUB, qui après avoir fini la mesure du contrôle administratif en août 2007, subit encore un contrôle policier régulier qui lui est imposé de manière totalement arbitraire. Le comble de ce suivi injuste et illégal réside dans le fait que les policiers se rendent souvent chez sa mère, âgée de 75 ans et souffrant de beaucoup de maladies, malgré qu'ils savent que Dr MAHJOUB n'habite pas là. Récemment, des visites de polices ont engendrés des complications de l'état de santé de la vielle dame.
Dans ce cadre, on ne peut oublier le quotidien douloureux du journaliste Abdallah ZOUARI, exilé de force à Hassi Jirbi au sud tunisien, qui s'est vu refuser un certificat de résidence à cette localité. M. Zouari a fini la peine illégale du contrôle administratif, qui lui a été imposée sans droit par la police, mais reste interdit de séjour auprès de sa famille à Tunis. Cela dure depuis des années maintenant au point de former une des plus longues histoires d’exil interne pour un opposant politique.
Enfin, l'ex leader estudiantin M. Abdelkarim HAROUNI fait l'objet d'un harcèlement policier interminable. Ce harcèlement s'est intensifié depuis l'élection de M. Harouni au poste de secrétaire général de l'association « Liberté-Equité » qui défend les droits de l'homme en Tunisie. En plus de la garde policière rapprochée et les policiers en civil qui « veillent sur lui » juste devant la porte de l'immeuble où il habite et des appels téléphoniques tardifs et insultants, les amis de M. Harouni ne sont pas autorisés à lui rendre visite. Le 20 septembre 2008, Me Mohamed NOURI ainsi que deux membres du bureau exécutif de « Liberté-Equité » ont été interdits d'accéder à l'immeuble où réside M. HAROUNI pour lui rendre visite.
Victimes de la loi anti terroriste : plus de 100 personnes devant les juges !!! en 1 mois
Il faut dire que la répression continue de ces ex-prisonniers politiques s’inscrit dans le cadre du durcissement de la mainmise sécuritaire après l’adoption fin décembre 2003 d’une loi dite de lutte contre le terrorisme.
Il suffit de revoir sommairement les événements judiciaires de ces dernières semaines pour constater à quel point la situation devient catastrophique. Le tableau ci-après, dressé par Vérité-action sur la base des informations fournies notamment par les Comité du suivi de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques en Tunisie (AISPP), démontre sans équivoque l’ampleur de cette politique répressive :
Ainsi, comme cela ressort du tableau, plus d'une centaine de jeunes sont passés devant les tribunaux, victimes de cette loi très controversée de 2003. Selon les rapports des associations de défense des droits de l'homme, les jeunes inculpés ont subi des mauvais traitements et les garanties élémentaires d’une justice impartiale étaient absentes.
Comme d’autres citoyens tunisiens, ces jeunes ne trouvent de moyen pour exprimer leur rage qu’en entamant des grèves de la faim. C’est le cas du prisonnier Zied FAKRAOUI qui a entamé une grève illimitée de la faim depuis le 05 septembre 2008.
L’affaire du Bassin minier : Droits économiques et sociaux bafouées
Les manifestations qui ont eu lieu au bassin minier (gouvernorat de Gafsa, au sud tunisien) se sont soldés par deux morts. Le dernier en date est M. Abdelkhalek AMIDI, décédé le 13 septembre 2008 des suites de ses blessures. Il a été touché à l'épaule par une balle tirée par un policier lors de la manifestation du 07 juin 2008 à la ville de REDAYEF.
Une soixantaine de personnes sont poursuivies suite à ces manifestations du début juin 2008.
Dans le cadre de ces procès, Mme Zakia DHIFAOUI, enseignante et militante politique et associative, a été condamnée à 4 mois et 15 jours de prison ferme. Lors de son procès, elle a accusé le policier Mohamed MOUSSLI de menace de viol, sans qu’aucune suite ne soit donnée à cette affaire. Elle a été arrêtée après la manifestation du 27 juillet 2008 à REDAYEF. Lors du même procès, 3 autres personnes ont été inculpées de 3 mois de prison ferme et 3 autres de 3 mois avec sursis.
D'autres jugements allant de quelques mois à plus de 3 ans de prison ferme ont été prononcés, suite aux événements de REDAYEF, MDHILLA et METLAOUI.
Les libertés religieuses toujours dans la visée de la répression
Depuis quelques années, le début de l'année scolaire et universitaire annonce le retour de l'interdiction du port du voile pour les élèves et les étudiantes. Certains directeurs menacent les étudiantes de punitions allant jusqu’à l'exclusion de l'établissement.
Au tout début du mois de septembre, des étudiantes voilées de l’école supérieure des études technologiques de Sidi Bouzid (450 km de Tunis) ont adressé un appel à l’opinion publique. Elles se sont plaintes des mauvais traitements de la direction de l’école. Lors des inscriptions, l’administration a interdit à toutes les étudiantes portant le voile de s’inscrire avant d’enlever le voile et de signer un engagement de ne plus le mettre. De même, certaines ONGs tunisiennes ont fait état d’interdictions faites aux étudiantes voilées de loger dans les foyers universitaires, comme à titre d’exemple le foyer universitaire de la Cité Olympique à Tunis.
Cette campagne touche tous les établissements de l’enseignement secondaire et supérieur à travers le pays. L’interdiction de fréquenter les cours aux filles portant le voile a été observée dans plusieurs universités et lycées (Lycées de MANOUBA, SOUKRA, NABEUL, etc..)
La prison pour punir les militants
Suite à une interview donnée à la chaine de télévision AL-JAZEERA concernant l'arrestation de quelques jeunes à la ville de Bizerte, la police a procédé à une arrestation musclée du militant et l'un des fondateurs de l'association internationale de soutien des prisonniers politiques (AISPP), M. Tarek SOUSSI. Ce dernier souffre d'un handicap et ne peut pas se tenir debout sans ses béquilles. Il a été emmené sans béquilles et jeté dans la voiture de la police. Après environ un mois de détention, il a été libéré « temporairement » en attendant son procès.
Le 04 septembre 2008, le tribunal de première instance de Tunis a confirmé la peine du militant des droits de l'homme M. Mohamed BEN SAÏD. Il a été arrêté après la manifestation pacifique faite à Bizerte le jour de la fête de la République (25 juillet). Il a été jugé de n’avoir pas obtempéré à une injonction d’agents de la circulation. Sa peine est de deux mois de prison ferme.
M. Massaoud ROMDANI, président de la section de Kairouan de la Ligue tunisienne des droits de l'homme et coordinateur du comité national de soutien des habitants du bassin minier, fait l'objet d'un contrôle policier rapproché.
Et la répression n’épargne pas le virtuel :
Après les sites internet de l'opposition et de la société civile, le très connu site Facebook a été censuré en Tunisie. Après des protestations, c'est après une « intervention de Ben Ali » que la censure a été levée. Le site YouTube a subi le même traitement. Ironie du sort que le président tunisien intervienne dans les moindre détails de la vie du citoyen à la fois quand il s’agit de réprimer et de lever la sanction.
Des blogueurs se plaignent du blocage de leurs blogs et des militants et des associations se voient leurs emails spammés et déviés. De telles pratiques mettent encore des barrières devant la société civile tunisienne et tendent à museler l’ensemble de la population du simple citoyen à l’élite.
En attirant l’attention sur la gravité de la situation générale en Tunisie, Vérité-Action saisit la présente pour :
1. exprimer sa solidarité avec les ex prisonniers persécutés dans leurs droits les plus élémentaires de travail, de liberté de déplacement et d'avoir des soins médicaux comme tout citoyen. Et appelle à la libération de tous les prisonniers d’opinion quelque soit leur tendance.
2. exprimer sa solidarité avec les victimes de la loi dite anti terrorisme. Chaque personne a le droit d'être respectée en tant que personne humaine, il a le droit à un jugement équitable et à un traitement non dégradant.
3. dénoncer la réaction disproportionnée des forces de police contre des manifestations pacifiques qui expriment un malaise dans une région défavorisée de la Tunisie. Le bilan humain de l'intervention policière est très lourd. Elle appelle à ouvrir une enquête nationale indépendante et à juger les policiers responsables de la mort des deux jeunes manifestants.
4. exprimer sa solidarité avec les défenseurs des droits de l'homme persécutés. Elle les encourage à continuer à œuvrer pour que les droits de l'homme soient respectés en Tunisie et appelle les autorités tunisiennes à reconnaître leur droit à l’expression libre.
Enfin, Vérité-action appelle à la levée de toutes les mesures de contraintes abusives à l’encontre des jeunes tunisiens et tunisiennes touchant leurs libertés religieuse et d’expression.
Vérité-Action
Genève le 7 octobre 2008
Source: www.verite-action.org
Contact: info@verite-action.org
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